
Alors que l’Émirat islamique est fermement installé au pouvoir, une crise managériale sans précédent secoue les plus hautes sphères du commandement afghan. Jadis véritable fleuron de la tradition insurrectionnelle du pays, le secteur de l’attentat-suicide est aujourd’hui frappé de plein fouet par le phénomène de la « Grande Démission » et par la rude concurrence de l’État islamique.
Un fossé technologique vient aggraver cette incompréhension intergénérationnelle. L’encadrement supérieur pointe du doigt l’addiction aux écrans qui ravage les camps d’entraînement. « Les jeunes passent plus de temps sur leur téléphone à scroller sur Burkabook ou Allahgram qu’à réviser le déclenchement d’un IED à distance », s’inquiète le directeur des ressources humaines du mouvement. Les nouvelles tendances déconcertent la vieille garde : les tutos TikTok sur le meilleur entretien de la barbe ou la coupe de cheveux idéale à adopter avant de se faire sauter entraînent une véritable perte de repères.
« À leur âge, on se faisait déjà exploser deux ou trois fois par an pour reprendre la province de Kandahar ! Aujourd’hui, on peine à pourvoir nos postes de kamikazes en alternance. »
Mollah Habdi F. – Migrateur saisonnier de la passe Khyber
Face à cette pénurie de talents, le haut commandement a dû moderniser sa marque employeur pour séduire les candidats au sacrifice. Fini le martyre sans contrepartie : les talibans sont désormais contraints de revoir leur convention collective. Selon une note interne ayant fuité, les RH proposent dorénavant des tickets-restaurant (valables pour le kamikaze et ses futures 72 vierges), des chèques-vacances pour la famille endeuillée, et vont jusqu’à expérimenter deux jours de télétravail par semaine pour les pilotes de drones kamikazes.
Des avantages sociaux qui peinent pourtant à convaincre en l’absence de troupes occidentales sur le terrain. Sous couvert d’anonymat, certains jeunes l’avouent : se faire sauter contre un pick-up du ministère de l’Agriculture n’apporte décidément pas le même prestige sur LinkedIn qu’une attaque contre les forces de l’OTAN. Le manque d’évolution et de perspective professionnelle reste égalemetn un des points soulignés le plus souvent lors des points RH.