
Alors qu’il devait écoper de vingt jours d’arrêts pour avoir égaré son arme de service lors d’un exercice, le caporal Flavien S. a finalement échappé à toute sanction. Convoqué dans le bureau de son commandant de compagnie, il a déclaré avec un aplomb déconcertant qu’il « assumait pleinement » son acte. Prenant acte de cette nouvelle donne politique, la hiérarchie, d’abord profondément embarrassée, a fini par féliciter le militaire pour son courage et son audace.
Selon plusieurs témoins, le capitaine s’apprêtait à lui notifier sa sanction lorsque le soldat a dégainé la formule désormais consacrée par les responsables politiques pour s’auto-amnistier et éluder toute question de journalistes pourtant déjà complaisants. Après avoir épluché les textes disciplinaires pendant de longues minutes, aucun cadre n’a été en mesure de déterminer si une punition restait applicable face à cette jurisprudence directement inspirée du chef de l’État.
« La solution était sous nos yeux depuis tout ce temps. Soit personne ne l’avait remarquée, soit nous sommes collectivement devenus trop bêtes pour comprendre ce qu’est une sanction. Personnellement, je penche pour le pouvoir magique de la tournure de phrase. »
Colonel Thierry E. – Régulateur de permissions
Face à ce vide juridique inédit, les vingt jours d’arrêts ont été purement et simplement annulés. L’état-major étudierait désormais l’extension de cette immunité aux pertes de matériel, retards, véhicules accidentés, beuveries en chambre et autres absences aux séances de sport. D’autres jurisprudences pourraient également voir le jour : il se murmure qu’il serait bientôt possible d’échapper à toute poursuite pour haute trahison, à condition de chanter la Marseillaise, la main sur le cœur, face aux caméras.